LUCARNE

A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais... Je me laisse simplement porter au gré du vent.

05 mai 2012

Une année à la campagne


Un jour, Sue Hubbell, biologiste de formation, ayant travaillé comme bibliothécaire, lasse de vivre en marge de la société de consommation de l'Est américain, décide de changer de vie. Avec son mari, elle part à la recherche d'un endroit où ils pourraient vivre loin des villes, suivant l'exemple du poète Thoreau. Après avoir cherché, ils trouvent cette ferme dans les monts Ozark, au sud-est du Missouri, et, ne connaissant rien à l'agriculture ni à l'élevage, ils décident de créer une "ferme d'abeilles ". Alors commence pour Sue Hubbell une aventure dont elle n'imagine pas les conséquences. Les saisons, les années passent, maintenant dans la solitude car son mari l'a quittée, et cette femme qui n'avait de la nature qu'une connaissance théorique découvre lentement l'immensité de l'univers qu'elle s'est choisi : sur ces quelques hectares de collines où, depuis la disparition des Indiens Osages, aucun être humain ne s'est vraiment arrêté, la vie a établi ses lois et ses règles, tissant un réseau de dépendances entre tous les habitants : les plantes, les insectes, les araignées, les serpents, les oiseaux, les mammifères, et même les parasites et les bactéries. L'entrée dans ce monde n'est pas simple. Pour Sue Hubbell, c'est un véritable bouleversement. Elle qui croyait- par son éducation, par ses études- tout savoir de la vie animale découvre sur ces arpents de terre que la vie naturelle est un bien meilleur professeur, parce qu'elle laisse le savoir germer et mûrir comme tout ce qui est vivant et vrai.

J.M.G. Le Clezio

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"Pendant ces douze années, j’ai appris qu’un arbre a besoin d’espace pour pousser, que les coyotes chantent près du ruisseau en janvier, que je peux enfoncer un clou dans du chêne seulement quand le bois est vert, que les abeilles en savent plus long que moi sur la fabrication du miel, que l’amour peut devenir souffrance, et qu’il y a davantage de questions que de réponses."

 

"Je veux entendre les bruants indigo chanter leurs couplets lorsque je m’éveille le matin, je veux relire Joseph et ses frères, je veux voir les feuilles pousser sur les chênes, les fleurs s’épanouir sur les cornouillers et danser les lucioles. Je veux savoir ce qu’il advient du val du Raton laveur. Je veux qu’Asher découvre comment les parasites d’oreilles des papillons de nuit ont traversé l’hiver. Je veux montrer à Liddy et Brian les gros rochers au fond du vallon. Je veux en savoir bien davantage sur les faucheux. Je veux écrire un roman. Je veux aller nager nue dans la rivière sous le soleil brûlant.

C’est pourquoi j’ai cessé de dormir à l’intérieur. Une maison est trop petite, trop limitée. Je veux le monde entier, et aussi les étoiles."


         " Il y a toujours des blattes américaines dans les ruches. Tout comme les maisons des humains, les ruches sont des endroits chauds et confortables, bien approvisionnés en nourriture, et les blattes y élisent domicile si elles peuvent s'en tirer. Quand une colonie d'abeilles est active, saine et robuste, les abeilles ne tolèrent pas les blattes plus volontiers qu'une maîtresse de maison méticuleuse ne les tolère chez elle. J'ai souvent observé les abeilles en train de chasser les blattes de leur ruche, je les ai même vues porter au-dehors les paquets d'oeufs des blattes et les laisser tomber assez loin, trouvant incongrue la présence de ces objets dans une colonie bien organisée. Il y a une lutte constante entre les deux espèces. Les abeilles se montrent vigilantes et agressives, mais les blattes sont toujours là et si le moral ou l'énergie de la ruche baisse le moins du monde, elles prennent le dessus. Ce sont des opportunistes.
          Depuis quelques années, j'ai renoncé à tuer les blattes lorsque j'ouvre une ruche. Je sais qu'une bonne colonie d'abeilles est mieux capable que moi de régler ce problème. Et si la qualité de la colonie laisse à désirer, mieux vaut découvrir ce qui cloche chez elle plutôt que de tuer ses parasites.
          A vrai dire, les blattes qui sortent de mon bois de chauffage ne ma gênent pas non plus. Leur système digestif et le mien diffèrent suffisamment pour que nous ne partagions pas la même niche écologique ; elles ne me font aucun mal, nous ne sommes pas en compétition, je prends donc mes distances vis-à-vis d'elles. Inutile de les harceler comme le ferait une abeille, ou de les écraser comme le ferait une bonne maîtresse de maison. Je me contente donc de m'accroupir pour les voir de plus près, les examinant avec soin. Après tout, avoir dans mon chalet un visiteur inofensif dont la structure n'a pratiquement pas évolué depuis le carbonifère me frappe, moi qui incarne une forme expérimentale plus achevée de l'évolution, comme un événement hautement instructif. Deux cent cinquante millions d'années, ce n'est pas négligeable comme recul."

Sue Hubbell

Posté par memoire du vent - Des poètes, des artistes... - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

  • 250.000.000. d'années...

    Etonnant de réalisme poètique, tenté par la façon d'être de Sue, cela me donne le désir de réaliser un bout de chemin avec elle...par son livre peut être ?

    Merci pour cette belle découverte.

    Posté par Andre Aiello, 17 août 2012 à 11:48

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