LUCARNE

A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais... Je me laisse simplement porter au gré du vent.

28 août 2011

Traces du vent

 

Jean-Marie Caillibotte

dit :   Jan Maï
 
(1944-2011)



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 Jean-Marie Caillibotte naquit en 1944 en Bretagne. Il passa son enfance en Afrique, à Oran surtout, et en France, en Bretagne sur la Côte d'Emeraude à Pléneuf-Val-André. Il aimait dire aussi "Val-Adret" en évoquant de modestes cultures de quelques ceps de vigne qu'il y aurait eu en ces lieux jadis. Il passa son adolescence entre Pléneuf et Saint-Brieuc "dans la lumière de la Baie".


Il sera attiré très tôt par la peinture, et adolescent, au cours de ses séjours à Paris, il découvrira dans les Musées et les galeries "les primitifs italiens et flamands, la peinture de Tal Coat, Szenes, Tobey, Bissière, Hans Reichel, Fautrier". Il avait une affection particulière pour Hans Reichel, peintre modeste et méconnu proche de Paul Klee. Passionné par l'atmosphère artistique parisienne, il s'installera plus longuement dans la capitale. Il y croisait Alberto Giacometti et Pierre Alechinsky entre autres peintres qu'il appréciait. Il découvrira aussi en ces années les peintures de  Zao-Wou-Ki, Léon Zack, et d'Olivier Debré qui le marqueront.


 A partir de la deuxième moitié des années 1960, il voyagera :  "Le Neguev, la Mer Rouge, les rivages de Grèce et de Crète, l'Anatolie, l'Inde et la blancheur du Toit du Monde".  C'est surtout l'Inde dont il s'imprégna profondément le plus. Il se nourrira des textes fondateurs et de la musique de ce pays. Il jouait de temps à autre de la flûte traversière, et les mélodies qu'il composait faisaient écho aux chants multiséculaires de ces contrées. Ce furent des voyages réels ainsi que des voyages imaginés. Lors de ces années, il "étudie les voies de l'Orient et d'Occident et les oublie" déclarera-t-il. Il en était pétri et il restera toujours sensible aux chemins divers de la pensée.


Revenu en Bretagne, à partir des années 1975, il y exposera ses peintures ainsi que plus occasionnellement à Paris. Il se fixera au bord de la Baie de Saint-Brieuc, à l'est, du côté de Pléneuf-Val-André et d'Erquy,  retrouvant des lieux chers à son enfance et adolescence, en peignant "dans l'espace ouvert du rivage".  C'était son territoire de prédilection qu'il arpentera en toutes saisons. Il en exprimera le souffle aux variations subtiles par ses peintures. Il était à l'écoute de tous les paysages comme  ceux se trouvant inscrits sur les pierres, les écorces ou les coquillages. Quand il présentait ses peintures, il  joignait souvent ces éléments de la nature dont il était très proche pour montrer que ce qu'il réalisait y était relié. 


Il peignait inlassablement, et il n'était pas rare qu'il repeigne sur la même toile une nouvelle peinture pour un temps avant de la recouvrir par une autre peinture plus tard.


Il aimait les livres, et il en composera lui-même. "Mes livres, en général, sont un peu comme des carnets de bord". C'était les carnets de ses voyages intérieurs aussi.  Il les remplira surtout avec ses peintures auxquelles il ajoutait parfois quelques-uns de ses poèmes.


Il s'était trouvé un pseudonyme pour signer ses peintures à la fin des années 1980 : Jan Maï. Jan signifie "peuple" en langue indienne (Inde). On peut sans doute y percevoir aussi un attachement pour les peintres flamands et pour l'univers ancestral breton avec le nom Maï. On peut  y déceler également une connivence avec les peintres chinois des périodes allant du XIIIème au XVIIème siècle qui changeaient parfois de nom.  Jean-Marie Caillibotte se sentait proche de l'esprit de ces artistes. Il était tour à tour, comme eux, poète, peintre et musicien. Il aimait beaucoup la poésie des Tang dont celle de Wang Weï. 


A propos de son oeuvre il dira qu'elle se voulait "précieuse, simple, modeste", et de lui il précisait "Je suis quelqu'un d'assez intimiste." Il était aussi très discret. Il se tenait volontairement en retrait loin du brouhaha tout en étant toujours à l'écoute des êtres et des choses qui l'entouraient. Il y prêtait une grande attention. Il se préoccupait aussi de l'évolution de notre société avec inquiétude mais aussi avec de grands espoirs pour une meilleure harmonie dans l'avenir.  


Au cours des années 1990, il commencera à fréquenter avec bonheur d'autres rivages. Ce seront ceux de la Loire qui l'enchanteront et qui lui offriront une nouvelle orientation à sa peinture sans cesse en mouvement.


 

"ce n'est jamais le même fleuve..."      Héraclite


... et c'est pourtant le même, toujours autre, toujours changeant, naissant à chaque instant, eaux de lumière, eaux profondes, roulant leurs courants mêlés au temps, inlassablement, constant, variant sans cesse, se perdant parmi les sables ou inondant les berges, et plus loin encore détruisant, créant, riche de toute la richesse du monde, de toute sa violence, de son calme sans âge.


... assis parmi les herbes, on écoute le fleuve, et on comprend...


                                              Jan Maï  2010

                                                        

   

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Il a disparu physiquement en Juin de cette année 2011, mais il laisse une empreinte riche sur les êtres qui l'ont côtoyé. Toujours curieux des démarches d'autres peintres dont il aimait suivre le cheminement, il était aussi quelqu'un qui savait regarder un travail en cours en faisant des remarques pertinentes. Les peintres et sculpteurs qui l'ont connu l'appréciaient également pour cette écoute juste et respectueuse.
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Tanguy Dohollau
(juin 2011)


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Posté par memoire du vent - Des poètes, des artistes... - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Croisé chez des amis communs il ya près de quarante ans, perdu de vue depuis bien longtemps mais jamais oublié, japprends sa mort ce soir. Ses oeuvres sont-elles visibles quelque part ? Et ses écrits ?

    Posté par Baudouin, 11 juillet 2017 à 01:11

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