LUCARNE

A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais... Je me laisse simplement porter au gré du vent.

06 février 2010

Heather DOHOLLAU

.

Heather_Dohollau

.

.

  ............... SEULE .ENFANCE

.

.

"De Seule Enfance à Matière de lumière"

Après son essai sur Segalen et une étude sur Rilke (1974-5) paraît le premier recueil de poésie d'Heather Dohollau : Seule  Enfance (78). C'est un livre d'une simplicité et d'une profondeur  exquises. Ses préoccupations sont nombreuses mais toutes visent l'essentiel: la réalité et le temps, le visible et l'invisible; l'équilibre entre l'ici et l'ailleurs, l'amour et la finitude; l'énigme et la simplicité d'être; la présence des anges et le "poids" du néant. Se présente ici une voix poétique "dans un  lieu de rien pour la poursuite de tout". Alors que nous sommes condamnés à passer, notre passage est plénitude: "Trouvant dans le vide immense/les lieux fidèles/d'un paradis jamais perdu". Michaël Bishop

.

.

    1

    Regardons maintenant de face :
    D'où part le cri
    Quel est le tir, la cible
    Est-ce toujours à tes pieds
    Que les flèches sont fichées

   .Empêchant la marche ?

.
.

.
.

        9   
.
      Le ciel passait
      Par dessus les murs

      Des jardins.
      Chacun découpait
      Son drap du jour
      L'air fut bruissant d'anges
      Mitoyens.
      Des autres
      J'avais connaissance
      Par le ciel.

.
.

.
.

.
       10   
.
      Il y avait une lumière fraiche sur la route
      Le croisement restait vide
      Ici et là se balançaient doucement.
      Le soleil incrustait dans toutes les vitres
      Ses diamants fervents.
      Sur la pelouse devant la maison
      Une petite fille en robe verte
      Tenait une poupée par la main.
      Souhaitant l'ombre,
      Elle souriait vers celle qui tirait
      Les traits de feu.

.
.

.
.

.

      11

      Elle te cherchait toujours du regard
      Toi, qui vivais à sa place
      Qui sauvais tout,
      Fermant vite les yeux pour te laisser
      La part plus belle.
      Elle avait tout juste le présent :
      Mince bande de sable déjà humide des premières
            vagues,
      Toi, tu avais tout son temps.

.
.

.
.

.

       12

.     Où se sont accumulés les jours
      Dans quelle tête absente ?
      Grenier de semences
      Tiroirs de vent, bassins de pluie,
      Feux de soleil...
      La mort est le lieu
      Des choses
      La vie
      Est le miroir réel
      L'espace
      Entre quatre yeux

.
.

.
.

.

      Par -dessus les murs, le ciel
      et le jardin tant de fois revu en rêve,
      le poirier n'abrite plus personne
      et l'échelle a été enlevée il y a longtemps.
      Comme un mandala vide, la pelouse,
      s'y tenir au centre c'est tomber dans un puits
      qui traverse le temps.
      Transposer cette chute en distance franchissable,
      c'est restituer la présence absente,
      renaître au sourire mortel de l'amour,
      d'en bas je vois le cercle pâle du jour.

.
.

.
.

.

      Je  ne  veux  plus marcher dans
      les  chemins  creux,  ni  sur  les
      routes  escarpées.  Il   me  faut
      un  dallage  lisse  pour  que   la
      maigre coulée de ma tête ne se
      perde pas en  écume contre les
      cailloux de hasard.

.
.

.
.

.

Il y a un monde créé par le souffle des sensations,
de parfums et de lueurs trouvés au bout de longs
couloirs raccourcis dans l'instant.
.
Un monde où nous nous éveillons autres en nous -
mêmes, la certitude d'un rêve arraché colorant encore
nos yeux de jour.
.
Un pays sans profondeur où les choses déversent
sur nous comme des vagues, nous laissant un corps
d'écume.
.
Ce sont les oiseaux qui gardent l'accès, le ciel est
un bruit d'ailes, la terre, un pied nu dans l'herbe.
Nous connaissons le proche d'un lointain infini.

.
.

.
.

.

      Des choses si simples
      Une chambre, un lit
      quelqu'un qui dort
      ou qui ne dort pas
      une respiration de mots
      jamais dits
      entre les murs
      qui abritent ailleurs
      maintenant

.
.

.
.

.

      Hölderlin à la tour
.

.
      Les oiseaux intermittents
      Les champs toujours là en face
    ..Les mots voltigent, reviennent
    ..Le touchent, il tend la main
    ..Et les pose doucement
    ..Les uns à côté des autres
    ..Ils disent les choses très simple
    ..Comme la musique
      L'eau est calme
    ..L'ombre de l'oiseau surprend
  ....Les jours sont longs
    ..Comme au début de la vie

.
.
.

       A partir d'un moment d'une extrême
.....simplicité   il   ne  faut  plus  espérer

.

.

      Heather DOHOLLAU

*Heather Dohollau photographiée par son fils Tanguy Dohollau sur la plage de Penharth pas très loin de Cardiff, où elle a passé son enfance.

.

n_580

.

Ces poèmes proviennent du premier recueil publié de Heather Dohollau
SEULE ENFANCE et autres poèmes publié par la revue SOLAIRE ............
....( printemps 1978 )

.

.

Heather Dohollau est une "poète galloise d'expression française, née en 1925 à Treherbert, près de Cardiff, après un séjour à Paris, elle a élu demeure en Bretagne, d'abord à l'île de Bréhat, puis à Saint-Brieuc où elle réside toujours. Elle y a construit une oeuvre de poésie originale, sans concession, dans une grande fidélité à une ligne fixée dès les premiers poèmes publiés en français, avec le soutien d'un éditeur aussi courageux qu'exigeant: Yves Prié (éditions Folle Avoine)."

.

.

.

.................PAGES AQUARELLÉES 

.    

.

Heather_Dohollau_3

.

     Une  page du ciel où s'inscrit la terre
     Ses arbres frêles, la fumée de ses feux
     Où brûle une heure d'Avril
     Par la blancheur de la page
     S'échappent les paraphes des nuages
     Leur fuite infinie
     Hors de si peu d'espace
     Le paysage est rentré dans la fleur de l'oeil
     La cascade de la vue s'étale en cette eau ultime
     Où dans un long regard, le coeur se mire

.
.

                                                                            Constable
.
.
.
.
.
.
.

     Comment toucher à ce matin frais ?
     Perle qui glisse, soufflée
     Sur le fil de l'eau
     Dedans vu de dehors
     - Et où sommes- nous
     Si l'œil même s'en sépare ?
     Peut-être la main
     Ombre légère sur la page
     Est celle de l'ange
     Qui dans une brève avancée
     Porte à jour
     Traçant sur terre le ciel

.
.

                                                          Turner
.
.
.
.
.
.
.
.

     Ici rien ne se passe
     tout est dehors
     Le temps se plie comme un vêtement
     Dans un coin
     La mer rentre par transparence
     Par la porte de verre
     L'eau de la lumière tremble
     Sur les murs lisses
     Prison ou sanctuaire
     Fermé à double tour
     Par le regard même
     La paix de l'instant se boit
     Dans une coupe sans bord
     Là-bas un bateau gîte
     Toutes voiles dehors
     Et avec l'écume bleue
     Je mouille la page

.
.

                                    David Jones
.
.
.
.
.
.
.
.

       SUITE POUR LES ABSENTS

.
.
.
.
.

    Cherchant l'autre dans son absence
    Comme une lampe le jour
    Tendant les mains vers le pain des mots
    Là où le chant du Loriot ferma le lit du temps
    Dehors dans le chemin, l'oreille contre le silence
    je souffle sur les cendres odorantes
    D'un lieu de phénix

.

                                                L'Isle sur Sorgue

.
.
.
.
.
.
.
.

    La vie  naît  durement  de  la  vie.  Aller  de  l'autre
    côté auprès de ceux qu'on aime semble être l'affaire
    du corps  et  le  corps  se  sait  ici. Au-devant de lui
    les  mains  sont  mangées  par  la  lumière  mais  les
    pieds   marchent  toujours  dans   l'herbe  usée.  Ou
    peut-être  avons-nous passé le  pont  sans  le voir et
    maintenant entre nous et  les sonnailles et  les  fleurs
    il n'y  a plus de distance. La  légère  buée du  souffle
    n'obscurcit aucune vitre. Sauf encore celle du coeur.

.
.

                                                       Martigny
.
.
.
.
.
.
.
.

    La  mesure d'un  jardin  sur  une  terre
    de  grand  espace. Une  fleur  pour  les
    marches de l'air  qui  chante sur  le  sol
    une musique couleur de rose. Les mar-
    guerites  sèches  qui   s'ouvrent  encore
    le  jour  et  se   ferment  la  nuit.  Cette
    infime  respiration,  une  pincée  de  vie
    entre   les   doigts   obscurs,  est   notre
    fidélité.

.
.

                                               Caromb

.

.

.

              LA MAISON DE LA VIE

.

.

    D'abord le silence où la chute d'une pomme
    Déplace le chant des oiseaux
    S'infiltrant avec l'air par les fenêtres mal jointes
    Car personne ne peut tisser dans sa tête
    Des nombres absents sans que les eaux de dehors
    Ne le prennent léger pour un présent voyage
    Et aux jours de fête le souffle du soleil
    Peut tendre les voiles pour une traversée soudaine
    Où hors de lui le voyageur frôle les voix
    Seul dans ses liens étroits contre le mât

.
.
.
.
.
   
Car c'est le poème qui m'a trouvé
   L'entrée du poème
...Et la maison a bâti l'absence
   Habitable de ses murs 
   Nous sommes où nous sommes si peu
   Duvet du nid qui tremble
   Là où tout arbre
   Brosse de ses feuilles le ciel

.
.
.
.
.
   .Les yeux s'habillent de lumière pour voir
    Leur propre obscurité
    Une porte a l'ouverture d'une page du livre
    Les mots dans l'épaisseur fleurissent plus loin
    Mais leur graine retombe dans l'espace du corps

.
.
.
.
.
   .Ce matin sur le mur de la chambre
    Est posée la haute note jaune
    D'un nouveau soleil
    Nous naissons chaque jour autre à nous-même
    Mais tous nous reconnaissent

.
.
.
.
.
   .Une maison, oui
    Mais ouvrons grandes les fenêtres
    Sur d'autres paysages
    Où les vieux arbres du jardin
    Boivent de toutes leurs feuilles
    Un vin de l'aube
    Et les jours sont longs
    De l'or réfléchi
    Des soirs à venir

.
.
.
.
.
   .Les jours de pluie le poids du chat
    Est plus lourd sur mon bras
    La lumière est pâle et si les oiseaux chantent
    Les notes éparses s'attaquant à la distance
    Sont happées par le vide entre les arbres
    Sans le liant du soleil les choses retombent
    Loin en elles-mêmes et comme du fond d'un puits
    Renvoient un bruit de chute par le cercle des murs
    Et par quelle corde se hisser jusqu'au bleu ?

.
.
.
.
.
   
Je cherchais le réel
    Hors la fuite des heures
    Les lieux du mirage
    Mais ce fut le cercle
    Instable du présent
    Qui livrait le monde
    Ce fruit de l'air


.
.
.
.

.

..
            LUMIÈRE DU NORD

.
.
.


   
Là dans le pré, l'été se tient au souffle
    Le temps hésite, suspendu à ses lèvres
    La fragile cage des heures attend l'envoi
    Vers les champs sans bornes d'une vie aux parois d'air

.
                Jeune fille soufflant des graines de pissenlit
.
.
.
.
.

.
.
.

   .Près d'une lampe une femme lit dans la nuit
    Tout semble attendre, les chaises,le poêle, la table
    Protègent la suite, un rideau blanc
    Retient sa chute pour laisser à l'obscur
    De l'autre côté des vitres, droit de regard
    Une scène muette de vie où les présences parlent
    Des mots de silence, traversant de leur souffle
    Le poids du réel et aux miroir des yeux
    Les couleurs de la chambre habillent les êtres
    D'un lointain proche au cercle naissant de l'ombre

.
.

                                                              Le soir
.
.
.

.

.
.
             LE JARDIN DE BR
ÉHAT

.
.
.

...
Fuchsia qui crie par sa gorge pourpre
    Que la mort n'est plus
    Que rumeur de vagues
    Sur les grèves tranquilles
    De cette île suspendue
    Ou musique de mouettes qui frôlent
    L'écume de nos jours
    Pour porter plus haut
    Dans une lumière sans faille
    La rosée d'un rire qui brille
    Dans le matin du monde

.
.
   
Heather DOHOLLAU

.

H

.

Les poèmes ci-dessus proviennent du recueil PAGES AQUARELLEES aux Editions Folle Avoine

* Photographies ©Tanguy Dohollau. d.r

.

Visitez la belle page qui lui est consacrée par Ronald Klapka  

Heather Dohollau - l'évidence lumineuse -

Une bibliographie figurant sur "wikipédia"  

Le site Poezibao  


 

Un grand merci à Tanguy Dohollau

Posté par memoire du vent - Heather DOHOLLAU - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires

    Cette page pour madame Heather Dohollau.

    Votre poésie désormais m'accompagne, éclaire mon chemin.

    Mille mercis et plus encore...

    Je pense à ces marguerites sèches qui retrouvèrent la vie sous votre regard et le ciel de Bretagne.

    Je vous souhaite, avec un brin de retard, un très joyeux anniversaire.

    Bien à vous.

    Nathalie Billecocq

    Posté par nathalie, 09 février 2010 à 14:05
  • La promesse des mots

    On peut trouver également un DVD sur Heather Dohollau , un film de Florence Mahé et Rolland Savidan qui s'intitule La Promesse des mots, RS productions

    Posté par Amaryllis, 10 février 2010 à 21:21
  • Merci Lucie.
    J'aimerais bien le regarder.

    Posté par nathalie, 10 février 2010 à 22:21
  • La promesse des mots

    Dans la lumière de l'enfance, dans les différents lieux où elle a vécu, en compagnie des poètes, peintres, philosophes, qui l'ont nourri,
    Heather Dohollau nous parle de sa vie, de sa poésie.

    Ce voyage est magnifique !

    Merci Tanguy.

    Posté par nathalie, 27 mars 2010 à 13:41
  • quelques mots sur le film

    http://memoireduvent.canalblog.com/archives/2010/03/27/17379161.html

    Posté par nathalie, 27 mars 2010 à 17:55

Poster un commentaire