LUCARNE

A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais... Je me laisse simplement porter au gré du vent.

17 mai 2009

ANNA GREKI

Avec la rage au cœur

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur
C'est ma manière d'avoir du cœur à revendre
C'est ma manière d'avoir raison des douleurs
C'est ma manière de faire flamber des cendres
A force de coups de cœur à force de rage
La seule façon loyale qui me ménage
Une route réfléchie au bord du naufrage
Avec son pesant d'or de joie et de détresse
Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

A fond de cale à fleur de peau à l'abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l'acier brûle ces méduses
Secrètes que j'ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

Là où les hommes nus n'ont plus besoin d'excuses
Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m'ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n'en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur
Avec la rage au cœur aimer comme on se bat
Je suis impitoyable comme un cerveau neuf
Qui sait se satisfaire de ses certitudes
Dans la main que je prends je ne vois que la main
Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne
C'est bien suffisant pour que j'en aie gratitude
De quel droit exiger par exemple du jasmin
Qu'il soit plus que parfum étoile plus que fleur
De quel droit exiger que le corps qui m'étreint
Plante en moi sa douceur à jamais à jamais
Et que je te sois chère parce que je t'aimais
Plus souvent qu'a mon tour parce que je suis jeune
Je jette l'ancre dans ma mémoire et j'ai peur
Quand de mes amis l'ombre me descend au cœur
Quand de mes amis absents je vois le visage
Qui s'ouvre à la place de mes yeux - je suis jeune
Ce qui n'est pas une excuse mais un devoir
Exigeant un devoir poignant à ne pas croire
Qu'il fasse si doux ce soir au bord de la plage
Prise au défaut de ton épaule - à ne pas croire...

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris
De mes amis coupent la quiétude meurtrie
Pour toujours - dans ma langue et dans tous les replis
De la nuit luisante - je ne sais plus aimer
Qu'avec cette plaie au cœur qu'avec cette plaie
Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

Grenade désamorcée la nuit lourde roule
Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente
Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle
Je pense aux amis morts sans qu'on les ait aimés
Eux que l'on a jugés avant de les entendre
Je pense aux amis qui furent assassinés
A cause de l'amour qu'ils savaient prodiguer

Je ne sais plus aimer qu'avec la rage au cœur

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

ANNA GREKI

poèmes algériens espoir et parole recueillis par Denise Barrat

Pour en savoir plus sur Anna Greki, lisez l'article de Abdelmadjid Kaouah. Profitez en aussi pour visiter son site enrichissant. C'est ICI

Né le 25 décembre 1954 à Aïn-Taya, près d'Alger, Abdelmadjid Kaouah consacre son mémoire de Maîtrise de Lettres modernes à la poésie algérienne de langue française. Ses poèmes sont publiés par les revues “Alif” (Tunis), “Europe” et aux "Éditions du Stencil" (Alger).

Après l'assassinat en 1993 de ses compagnons Tahar Djaout et Youcef Sebti, Abdelmadjid Kaouah s'exile dans la région deToulouse à Cugnaux.  Chroniqueur littéraire, il est correspondant permanent du “ Quotidien d'Oran", du “Soir d’Alger” (Algérie) et d’”Alfa” (Montréal). Il participe à de nombreuses émissions culturelles et anime le CRIDLA (Cercle de Recherches, d’Initiatives et de Documentation des Lettres Algériennes et Maghrébines de langue française).

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Commentaires

    cri du coeur

    bonjour,
    Je vous prie de me "supporter" un moment,parce que ce que je vais vous dire sort un peu (beaucoup) de l'ordinaire . Excusez-moi de vous infliger cette petite séance de larmoiement.Préparez donc vos mouchoirs.
    je vous écris un peu comme on envoie une bouteille à la mer .Je suis un personnage fortement "atypique" , voire un type déroutant qui se situe à la limite de ce qu'il est convenu d'appeler la "normalité" (!)en tout cas pour les membres de ma famille et pour beaucoup de gens, qui ne comprennent pas pourquoi j'ai tourné le dos avec un grand stoïcisme à mes véritables vocations ( en gros: la peinture , l'écriture et le journalisme ) .
    les raisons ? Une série de"contre-emplois",d'actes et de décisions "contre-nature" qui m'ont été imposées par les circonstances:
    - j'ai quitté Alger pour venir m'installer dans un gros "bourg" :Annaba.( j'y suis depuis trente ans !)pour des raisons socio-familiales.
    - l'un amenant l'autre ,je me suis enfermé dans le pire des "trous" qui puisse exister , une espèce de "résidence surveillée" qui vous lamine insidieusement:le complexe sidérurgique d'El- Hadjar .J'y ai brillé souvent , mais dans un domaine qui était rarement le mien .
    Aujourd'hui , je croule littéralement sous mes écrits ( nouvelles , poésie ...), et mes dessins , aquarelles , pastels ,encres...un peu désarmé ( à mon âge!).
    Bien sûr :
    -j'ai publié quelques articles , des dessins , des poèmes dans la presse
    -j'ai organisé en 1997 une exposition-vente de 50 travaux sous verre au théâtre régional de Annaba et ailleurs .
    - en 1973 ou 1974 ,à Alger , j'ai eu la chance et le plaisir de participer à une exposition commune Ecole des beaux arts - Sciences po( avec des tas de dessins). c'était animé et dirigé par Denis Martinez.(qui a du oublier ça )
    -j'aiparticipé à des tas de concours de nouvelles , et notamment celui de la Fondation Mohamed DIB (dernière édition )...
    - j'ai tenté de faire éditer ,à compte d'auteur, un recueil de poésie par la "Pensée Universelle " en 1994 ou 1996 , mais ça a avorté pour des raisons financières ( le directeur a pourtant essayé de m'aider mais j'étais fauché comme les blés) ...
    J'ai connu des tas d'auteurs et d'artistes à ALGER ,notamment , dont Abdelmajid Kaouah à l'époque où il était directeur du journal "l'unité" ,et Hamid Tibouchi à l'époque où on faisait nos classes au lycée Ibn Sina , à Bougie.
    je parie qu'ils ne se souviennent pas de moi à moins qu'ils voient ma "tronche".
    peuvent -ils prendre connaissance de ce message?
    Accepteraient-ils de prendre connaissance de mes écrits et/ou dessins ? ( il paraît que j'ai un talent avéré - toute modestie mise à part- et que je mérite d'être connu rapidement)
    Vous-même pouvez vous m'aider?
    Merci.
    Au revoir.

    Posté par adouane rachid, 17 juin 2010 à 22:31
  • rappel

    je n'ai pas pu avoir accés à votre blog !Et pourtant je vous ai envoyé une série de textes en prose et de poèmes.J'ai arrêté pour le moment Je vous rappele la lettre que vous m'avez envoyée en réponse à la mienne (ci dessus)Que faut il faire?

    Re : cri du coeur
    Vendredi 18 juin 2010 19h07
    Bonjour Rachid,

    Je suis Nathalie Billecocq.
    Vous avez laissé ce message sur mon blog.
    Je ne sais comment vous aider car je ne fais pas partie des métiers de l'édition.
    Je suis une femme ordinaire qui aime la poésie et l'art.
    J'ai rencontré les artistes qui m'ont envoyé quelques-unes de leurs œuvres par le biais de mon site, qui est un petit site d'amateur.
    Si vous le désirez, je serai ravie de faire une page sur votre travail,
    comme je l'ai fait pour Hamid, Kamel, Slimane et les autres.
    Pour cela, si vous en avez envie, il faudrait que vous m'envoyiez des poèmes et des peintures, ou ce que vous désirez.

    C'est bien peu de chose, mais qui sait, peut-être que cela vous permettra de faire des rencontres.

    Bien à vous,

    Nathalie

    Posté par Adouane rachid, 10 novembre 2014 à 12:29

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