LUCARNE

A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais... Je me laisse simplement porter au gré du vent.

16 décembre 2012

Birago Diop

                                                 Pour André (2009)

Pour écouter le poème

 

SOUFFLES

.

.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.

      

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

      

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre
Qui ne sont pas morts.

      

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts.

      

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

      

Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

      

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

       Birago Diop

 

Né le 11 Décembre 1906 à Ouakam, un quartier de Dakar au Sénégal, Birago Diop reçut une formation coranique et suivit simultanément les cours de l'école française. Pendant ses études de médecine vétérinaire à Toulouse, il resta à l'écoute des travaux des africanistes, et s'associa à la fin des années 1930 au mouvement de la Négritude qui comptait alors Senghor, Césaire. C'est à Paris qu'il composa en 1942 les Contes d'Amadou Koumba (publiés en 1947), marquant dès ce premier livre sa prédilection pour la tradition orale des griots, ces conteurs populaires dont il ne cessa jamais d'écouter la voix. Respectueux de l'oralité, il affina un talent original d'écrivain dans les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba (1958) et Contes et Lavanes (1963); son recueil de poèmes Leurres et Lueurs (1960) est profondément imprégné de culture française alliée aux sources d'une inspiration purement africaine. Sa carrière diplomatique, après l'indépendance de son pays, et son retour à son premier métier de vétérinaire à Dakar n'entravèrent pas son exploration de la littérature traditionnelle africaine, mais il déclara avoir «cassé sa plume». Il publia néanmoins la Plume raboutée et quatre autres volumes de mémoires de 1978 à 1989.

Source http://neveu01.perso.infonie.fr/birasouf.htm

http://neveu01.perso.infonie.fr/index.htm

 

Posté par memoire du vent - Des poètes, des artistes... - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

Commentaires

    Souffle...souffles !

    Quel merveilleux poème, quelle superbe vision de
    l’au-delà, par la présence.

    L’ensemble des choses et de leurs bruits sont magnifiés par le respect dut aux Ancêtres.

    L'écriture Magique de Birago Diop est bien mis en valeur par Le conteur.


    Merci Nathalie

    André

    Posté par André, 21 avril 2009 à 17:23
  • Et maintenant...

    C'est encore plus vrai, tant il nous parle de l'être aimé qui nous a quitté, mais qui nous aime encore et que nous aimerons à jamais...
    Sa photo est bien présente sur mon bureau.

    Merci à toi Nathalie.

    Posté par André, 19 décembre 2012 à 11:15
  • Birago

    BIRAGO DIOP

    (1906)

    Le Chant des rameurs

    J'ai demandé souvent
    Ecoutant la Clameur
    D'où venait l'âpre chant,
    Le doux chant des Rameurs.

    Un soir, j'ai demandé aux jacassants corbeaux
    Où allait l'âpre chant, le doux chant des Bozos,
    Ils m'ont dit que le Vent, messager infidèle;
    Le déposait tout près dans les rides de l'Eau;

    Mais que l'eau désirant demeurer toujours belle
    Efface à chaque instant les replis de sa peau.

    J'ai demandé souvent
    Ecoutant la Clameur
    D'où venait l'âpre chant,
    Le doux chant des Rameurs,

    Un soir, j'ai demandé aux verts Palétuviers
    Où allait l'âpre chant des Rudes Piroguiers;
    Ils m'ont dit que le Vent, messager infidèle,
    Le déposait très loin, au sommet des palmiers;

    Mais que tous les palmiers ont les cheveux rebelles
    Et doivent tout le temps peigner leurs beaux cimiers.

    J'ai demandé souvent
    Ecoutant la Clameur
    D'où venait l'âpre chant,
    Le doux chant des Rameurs.

    Un soir, j'ai demandé aux complaisants Roseaux
    Où allait l'âpre chant, le doux chant des Bozos.
    Ils m'ont dit que le Vent, messager infidèle,
    Le confiait là-haut, à un petit oiseau;

    Mais que l'Oiseau, fuyant dans un furtif coup d'ailes,
    L'oubliait quelquefois dans le ciel indigo.

    Et depuis, je comprends
    Ecoutant la Clameur
    D'où venait l'âpre chant,
    Le doux chant des Rameurs.

    • Leurres et Lueurs,
    Présence Africaine, 1960.

    Posté par rechab, 30 avril 2013 à 11:58
  • merveille

    Je connais ce texte"le chant des rameurs" depuis plusieurs années(combien je ne sais plus).Ce qui attire de prime abord dans ce poème c'est son extraordinaire musicalité.C'est comme une chanson.Un hymne.Remarquable pour un ancien medecin veterinaire!Bravo!

    Posté par Adouane rachid, 22 octobre 2014 à 16:11

Poster un commentaire