06 mai 2008
Les Confitures
Le jour que nous reçûmes la visite de l'économiste,
nous faisions justement nos confitures de cassis,
de groseille et de framboise.
L'économiste, aussitôt, commença de m'expliquer avec
toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que
nous avions le plus grand tort de faire nos
confitures nous-mêmes, que c'était une coutume du moyen
âge, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et
surtout de notre temps, nous avions tout avantage à
manger les bonnes conserves qui nous viennent des
usines, que la question semblait tranchée, que,
bientôt, personne au monde ne commettrait plus
jamais pareille faute économique.
- Attendez, monsieur! m'écriai-je. Le marchand
me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et
le principal ?
- Quoi donc? Fit l'économiste.
- Mais l'odeur, monsieur, l'odeur! Respirez : la
maison toute entière est embaumée. Comme le monde
serait triste sans l'odeur des confitures!
L'économiste, à ces mots, ouvrit des yeux d'herbivore.
Je commençais de m'enflammer.
- Ici, monsieur, lui dis-je, nous faisons nos
confitures uniquement pour le parfum. Le reste n'a
pas d'importance. Quand les confitures sont faites, eh
bien! Monsieur, nous les jetons.
J'ai dit cela dans un grand mouvement lyrique et
pour éblouir le savant. Ce n'est pas tout à fait vrai.
Nous mangeons nos confitures, en souvenir de leur parfum.
GEORGES DUHAMEL,
(Fables de mon Jardin
Mercure de France, Paris, 1936)
Commentaires
il y a donc encore quelqu'un qui lit Duhamel !! ?? :)
les Fables de mon Jardin, je ne connais pas, mais elles semblent bien bonnes, ces confitures ....
Ben ... en fait, c'est pas moi :)
Les confitures mon été envoyées par un ami.
Ça sent tellement bon que je vais y goûter.
monde intérieur
bonjour,
J'ai goûté à ce bon texte, il permet de réflechir sur 2 mondes que nous vivons aujourd'hui , D'un côté un monde industriel et économique qui nous rend bien service finalement, puis de l'autre un monde plus artisanal, plus familiale celui qui nous permet de toucher, d'apprécier chaque valeur, de sentir, de retrouver le sens des choses.
Moi aussi je fabrique par moi-même (confiture, yaourts, beurre, pain baguette, etc....; c'est vrai il faut du temps et avoir du temps mais il faut y voir son résultat.
Chaque chose devient unique, la préparation jusqu'à dans la finition, c'est à dire jusqu'à dans les goûts.
C'est une expérience formdable.
Aujourd'hui, je me rends compte que les traditions et les coutumes disparaissent avec les nouvelles générations. Aussi bien dans la partie culinaire que dans d'autres domaines.
C'est bien dommage.
Aujourd'hui, aussi, on mange des plats préparés industriels, rapide à cuire, à réchauffer etc...
C'est bien présenté aussi.
C'est le monde industriel.
Moi, il m'arrive de retrouver des odeurs de cuisines dans les souvenirs de mon enfance quand ma grand-mère était au fourneau, cela reste gravé dans ma mémoire à jamais.
Merci pour ce moment, la confiture de groseille, j'adore sur des crêpes.
bonne continuation
Sic
Merci Sic.
Si je pouvais, je viendrais apprendre avec toi !
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