03 avril 2008
Jacques CHARCOSSET
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Des baisers d’écume aux
aisselles de la mer
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Poser le ciel…
mer et nuages. Regarder les
naïades déchaînées au creux
de mon esprit. L’image est claire. Dans cet éther
liquide,
leurs seins roulent mieux que leurs croupes. Nubiles, elles
se fendent
à l’aine et je les pénètre comme eau-de-vie.
L’amour est
coquillage où j’écume.
Vos houles
d’infini m’enlacent. Me noyer est ma proche
ligne d’horizon. Femmes poiseaux, à vos hanches, je
poursuis mon rut. Heureusement, mon aimée, qu’au
bastingage du
rêve, il y a toujours le rempart
resplendissant de ton corps. Il serait dément
de le quitter
pour un cordeau de naïades, — le corps d’eau des méduses
phosphore. Le vent glisse entre mer et nuages. Le ciel se
pose à la crête des
vagues.
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Baisers d'écume
Nous entrâmes
avec lenteur dans l’eau. Quand le branle de
la mer atteignit nos mollets nous
plongeâmes nos poignets
et nous nous lissâmes la nuque le ventre la poitrine de
cette
fraîcheur revigorante. Nous reprîmes de l’eau dans le
coquillage de nos
mains jointes et nous nous aspergeâmes.
L’eau coula sur nos épaules, nos
hanches, nos reins. Elle
glissa sur nos sexes qui l’expulsèrent comme si nous
l’avions urinée. Tombant sur elle-même elle chanta. Et
nous allâmes. Elle nous
accepta dans ses plis et nous y
roula. Ce fut un long corps à corps avec elle. Nos bras, nos
jambes allèrent dans des mouvements réguliers. Elle les
épousait
comme elle épousait nos ventres de soie humide
et nos dos larges et plats. Nous
éprouvions, dans le courant
que notre nage façonnait le ballant de nos
testicules. Ce
frottement de l’eau sur nos corps nous réjouissait et parfois
pour sentir ce mouvement plus intensément nous y
plongions la tête grâce à un
coup de reins qui nous faisait
émerger un éclair de seconde nos fesses rondes
et nous les
faisait ressentir comme étrangères au milieu marin. Par
contre nos
yeux nos narines notre bouche se lissaient du fil
de l’eau et se gorgeaient aux
piques des sels. Dans les robes
flottantes de la mer nos oreilles bourdonnaient au chant de
nos plongées. Nos sexes et nos chevelures s’y balançaient
comme des
varechs. Notre place était dans l’eau et sa danse
lancinante. Mais épuisés
d’oxygène nous remontions pour
happer des gorgées de brises salées qui couraient en
surface. Nous basculions alors nos corps pour nous étaler
dos et
jambes tendus. Dans cette nage dorsale, nos sexes
dociles se dressaient, se
courbaient à la surface de la mer.
Puis côté gauche ou droit nous basculions
pour irriguer
nos ventres et nos poitrines. Nos bras s’envolaient alors en
papillon pour que nos corps entiers donnent des baisers
d’écume aux aisselles
de la mer. Nous avons nagé siamois
dans le sillage l’un de l’autre… ô toi mon
ombre.
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Poisse de brume
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Tout dans cette
poisse de brume me fige. L’univers est un.
Définitivement un d’eau liquide et
vaporeuse et je ne me
réjouis même pas de ce retour à l’unité première de moi
et
du monde. Astasie et abasie. Le refuge du fond du bateau
m’assote à nage en
ma solitude de larmes.
Alentour une mer
huileuse olive mordorée de gasoil une
pulpe de nuages comme un lait de figues
qui gomme au
creux de mes mains. Seul. Je marine dans l’infini de mes
humeurs
ahuries.
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Je me tiendrai comme un automne
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pieds de vagues incessamment en marche
et mes mains de
brume dans le vent.
Je hèlerai alors les cumulus petits et
rapides qui en traîne se
bousculent sous des ciels gris d’azur. L’espoir d’une
ondée
germera. Et je frissonnerai cinglé de plaisir à l’arrivée des
premières
gouttes éparses…
remâcherai les sels de mon ivresse
chaotique et je jetterai
mon ventre de goémons au désert mouvant des grèves.
mes épaules rudes s’envoûtant de vent
mes jambes
d’équinoxe enjambant sans ambages le détroit des
Atlantes.
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Tu auras des nuages dans les yeux
Mon fils que je
n’aurai jamais mon fils que j’aurai peut-être
Mon fils
tu auras des
nuages dans les yeux
tu auras du
cheval des mers le balancement dans
les hanches
tu auras de nos
fers les tintements d’angoisse en tête
et tu auras la
honte de mon nom oublié
Mon fils que je
n’aurai jamais mon fils que j’aurai peut-être
De cette cale
nauséabonde de vomissements et
d’excréments
De cette cale
d’air vicié et d’insultes et de crachats
Je te parle
Ecoute toi
l’improbable Ecoute-moi !
Et si je survis
si tu nais d’une
femme que je ne connais pas encore
si tu surmontes
nos douleurs communes
si tu surmontes
tes douleurs dont je ne mesure pas encore
totalement l’horreur
Ecoute !
d’hippopotame sur les reins
tu connaîtras la
pimentade, le nid de fourmis sur tes plaies
béantes
tu connaîtras le fer d’infamie et celui des tortures
ordinaires
tu connaîtras le
cachot la faim la soif
.
clairs
Mon fils que je
n’aurai jamais mon fils que j’aurai peut-être
Je te désire
pour que la nuit
cesse étranglée de tes mains
pour que l’agonie
perpétuelle de la vie défaille
pour que tu
rendes à l’océan son goût de musc et de femme
désirée et à la terre ses
ondulations fécondes
mets dans tes mains de nuées
mets dans tes jarrets d’ardeur
mets dans ta tête de liberté
mets dans ta patience d’éléphant
fils de roi
fils de roi déchu
la convocation à mort de nos
« propriétaires »
Que n’ai-je
prudent éviter ces guerres incessantes au pays
arada dont j’étais roi
Que n’ai-je pu
céder au charme des antilopes courant leur
liberté dans les herbes de la saison
sèche
Que n’ai-je
succombé au plaisir de mâcher l’igname rôtie
et boire le jus
des palmes enivrantes
Que n’ai-je, que
n’ai-je bercé mes fils, mes filles aujourd’hui
décimés, perdus assassinés
sûrement
Que n’ai-je chéri
Affiba la reine des Aguia
mon épouse ?
Dans le ventre du
serpent du Dahomey fatal
j’ai guerroyé les
Amazones d’Agadja
les guerrières
noires les chasseresses d’éléphants
les
émasculatrices de mes compagnons d’armes
Épargné de ce
supplice pour être mieux vendu aux Blancs
Par quel hasard
moi par quel hasard ?
mets dans tes reins de violence
mets dans ton cœur de panthère
mets dans ta poitrine de feu et de métal
mets dans ta sagacité d’eau dormante
fils de roi
fils de roi déchu
l’anéantissement du destin d’épouvante qui
nous accable
Abandonne le
vodoun, le serpent, le culte du sang et du
sacrifice humain mortifère
Du sang ne te
nourrit que de celui qui coule dans les
artères de ceux qui nous avilissent
Ne te livre
jamais à aucun culte ils corrompent l’esprit tout
comme le Blanc corrompt tout
ce qu’il touche
Sois toi-même
pour toi-même et les tiens responsable plus
que je ne l’ai été
Tu n’étreindras
rien
dans ce royaume à
venir
tu n’étreindras
rien
pas même l’image
de ton père
au gouffre du
destin de nos peuples
pas même mon nom
de GAOU GUINOU
Nous voici Père
tu nous as instruit nous tes enfants
Jean
Paul
Pierre
et
Pierre-Dominique Toussaint
nous
travaillerons à l’accomplissement de tes volontés à
leur ouverture sur le monde
Si seulement vous
disiez vrai mes fils !
il murmura
Qu’ils n’aient
pas ma cécité naissante ma brume de voix et
mon courage vacillant à combattre
l’océan blanc de
l’horreur où je suis tombé et où mon destin les a livrés
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Je
m’ébrouerai comme un été
orages et les genoux dans la rhubarbe des
vagues
Tes mains de
feuilles continent brasseront des poussières
d’embruns tes yeux fourmilleront
aux éclats de miroir de
mon dos
Le maigre du vent
nous assoupira enlacés dans la léthargie
de méridiennes accablantes
Puis
amoureusement du crépuscule du soir à celui du
matin je lècherai le ventre de
tes grèves, l’anse souple de
tes côtes, le pied de tes falaises fertiles
Alors le nez au
vent
secouant les
matins clairs tu me confieras les marins du
monde hissant à grands cris leurs
voiles ou lançant leurs
moteurs nauséabonds pour appareiller Ah ! la feuille
s’envole s’envole
Ah ! la feuille s’envole au vent.
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Je
me saoulerai comme un hiver
des parfums d’iode et de pourriture
soupirs de mon passé.
Pour hérisser tes
côtes frileusement humides vieux
continent
pour t’engloutir
nouveau continent sous des nuées de
neige verglaçante et des moins cinquante
tabernacles de gel
j’aurai des
colères pérennes ou des emportements
fulgurants.
Je soufflerai vos
côtes bordées grains violets encre suie
je dilapiderai la
verticale de vos falaises fragiles
je roulerai vos
grèves ruisselantes de galets
et je cinglerai
voiles et vents.
Aussi mon échine
perverse de pachyderme se jouera en
plis convulsifs des esquifs malheur aux amateurs téméraires
et impécunieux de la force de leurs
marins. Vous boirez
tous à ma santé votre misère finale au tréfond ouaté de mes
abîmes !
Je sédimenterai
la mort et les dentelles des frimas
en longues couches de mémoire crisse.
Foutre diable soyons
joyeux.
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Jacques CHARCOSSET, né en 1941 à Saint Jean d’Ardières (69), a clos sa carrière d’enseignant à La Rochelle où il réside. Il milite activement depuis de longues années pour une défense du livre et de la lecture et tout particulièrement de la poésie. Parallèlement, il écrit. Il a publié une nouvelle La Lumière douce et terne et un recueil poétique Arpents de craie en conjugaison avec des pastels d’Yves LACROIX aux éditions Rumeur des âges. Deux textes de ce recueil sont publiés dans l’ouvrage collectif Québec 2008, co-édité par les Éditions Écrits des Forges et Sac à mots éditions réunissant 20 poètes québécois et 20 poètes français d’entre Loire et Gironde.
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Les textes publiés dans le collectif Québec 2008 :
" Je me tiendrai comme un automne"
" Tu auras des nuages dans les yeux "
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Un grand merci à monsieur Charcosset
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