LUCARNE

A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais... Je me laisse simplement porter au gré du vent.

31 mars 2007

MENOTTI

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« L'art ne vient pas se coucher dans les lits qu'on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu'on prononce son nom. Ce qu'il aime, c'est l'incognito,
ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle.»
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Jean Dubuffet   
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Menotti_Antennate

                         ..MENOTTI,
                                   « Antennate étonné », 1995,
                                   Sculpture en bronze, H 95 x L 48 x P 27 cm

               
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Menotti_Femme_tronc

                    MENOTTI,
                    « Femme-tronc », 2006,
                    Sculpture sur bois,  H 63 cm x L 11 cm x P 10 cm
 
 

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Menotti_Feu_D_artifice

                                  MENOTTI,
                                  « Feu d¹artifice », 2006,
                                  Collage et peintures sur bois,  115 x 50 cm.
 
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Masque1

                         MENOTTI,
                         « Masque 1 », 2005,
                         Sculpture-assemblage,  H 38 cm x L 18 cm x P 7 cm
 
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Menotti_LeCri

                                      MENOTTI,
                                      « Le cri », sculpture sur bois et peinture
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   MENOTTI
   ou la sculpture buissonnière



    Menotti  est venu  très tard à la sculpture.  Né en 1926,  il n'a commencé à
s'attaquer au bois qu'en 1986, mais alors avec la  patience têtue d'un pic-vert.
    Cependant,  son intérêt  pour  les formes sculptées est  bien antérieur à 86.
Déjà,  en 1968,  il s'intéresse au  travail  de César.  Celui-ci  lui  accorde  une
interview qu'il  fera  paraître dans  un petit journal de l'époque, " Courrier 93".
    Autodidacte,  mais  non  point  ignorant  de l'histoire de l'art,  ses premiers
essais  sont  empreints  d'un certain  académisme.  Des pièces  de bois qu'il a
entre  les  mains,  il  extirpe  des  formes  intéressantes,  mais  un  peu  molles
et  pas  assez  personnelles à son goût.  Et surtout  pas assez en  accord avec
ce qui le hante. Cette manière qu'il a mise en oeuvre, il l'abandonne assez vite
: trop  laborieux  pour  sa  sensibilité débordante  qui  a  besoin de raccourcis
pour  aller  à  l'essentiel,  au  plus juste.  Ses  premières  sculptures sont donc
pour ainsi dire trop "polies" pour être honnêtes.
    Désireux de confronter son travail avec celui de ses confrères, Menotti fait
le  tour  des  salons  des environs, comme  quand  on part en reconnaissance
sur un terrain pas encore  tout-à-fait familier. Il s'aventure même jusqu'à Paris,
au  Grand Palais, où  on  le  retrouve  à plusieurs reprises au salon d'Automne
ainsi qu'à celui des Indépendants. Il en est revenu,déçu par trop de prétention
et de lieu communs.
    C'est au cours de l'un de ces "salons des artistes locaux",en 1992, que je l'ai
rencontré. Mon travail - de petites peintures en forme de frise - ­ y était relégué
dans un couloir,  face aux chiottes. Le sien - ­ deux souches étonnantes, à peine
dégrossies  et  pourtant  très  suggestives,  qui  exercèrent  sur  moi  un  attrait
particulier - négligemment  posé à  même le sol,  au pied de grilles métalliques
supportant des croûtes  visiblement  considérées par les organisateurs comme
de qualité nettement supérieure  au  travail  de Menotti. C'est  là  que l'idée de
créer  une  association  d'artistes indépendants  a  germé,  concrétisée  peu de
temps  après  par  la  naissance  de  « L'Art  Chauve »  dont  la  devise  est :
« Pour un art   chauve,  c'est-à-dire  nu, dénué  de   tout   artifice et   refusant   
tout compromis ».
   Menotti est alors à un moment crucial de son activité. Ayant fait le tour de ce
qui existe comme formes dans la sculpture contemporaine,ayant accumulé une
certaine  somme  de connaissances en ce domaine,  il peut,  grâce à son esprit
critique, opérer seul  la synthèse de toutes ces connaissances.  Faisant  alors le
tri dans tout cela, il commence par faire le vide, ne retenant que quelques uns ­ -
et pas  des moindres,   jugez-en :  Dubuffet,  Baselitz, Chaissac,  Tony  Cragg,
Pagès,  Ceux-là,  qu'il  a  définitivement a doptés,  il  les  a  choisis  non   pour
les copier bien sûr,  mais comme des membres d'une  même  famille - la sienne
désormais - sur  qui  il   peut compter pour se frayer son  propre chemin,  pour
mieux se rassembler, pour mieux se trouver.
   Désormais, il  tournera  le dos  à  l'académisme, à  ses  techniques  éculées et
contraignantes, plus castratrices que stimulantes à vrai dire. Installé  à  Chauvry
en Val d' Oise, à deux pas d¹une magnifique forêt,  c'est tout naturellement qu'il
en  arrive  à  faire ce  que l'on pourrait appeler de la sculpture buissonnière. Ses
matériaux,  c'est  la forêt qui  les lui fournit d'abord. Il n'a qu'à aller les choisir et
les ramasser.  Lors de ses promenades dans le royaume de Pan,  seul  ou  avec
sa  compagne  Suzy,  des  trésors  s'offrent  à   lui.  Les  poubelles  et  les  amis
complices compléteront cette généreuse et singulière récolte.  S'ensuivent  alors 
des  sculptures  étonnamment  présentes,  faites  à   partir  d'objets  hétéroclites  ­
- bois mort, racines  de  lierre,  champignons (langue  de  boeuf, ), bois  flottés, 
objets  en  plastique,  ciment,  clous,  vis,  colle,  ficelle... - ­ et  portant  chacune
indéniablement l'estampille toute personnelle de Menotti.
   D'aucuns marqueront un temps d'arrêt devant ses sculptures, esquisseront un
sourire amusé  et  continueront  leur chemin  sans vraiment rien voir de plus que
l'anecdote.D'autres - ­ bien rares hélas! - ­verront,à travers ses créations ludiques,
un véritable  tempérament de sculpteur,  un  artiste  vigoureux,  au  regard vif, à
l'écoute permanente et  inquiète  des  êtres  et des choses, et qui a de  l'humour.
Et cela, c'est bien rare en cette fin de siècle plutôt morose.
  Menotti est lancé. Il  n' y a que la mort qui  peut  l'arrêter et il le sait.  Mais  là, 
il a décidé de ne pas se laisser faire : il  l'a à l’œil et à l’œuvre. 

                                                                          H. TIBOUCHI, Peintre
                                                                          1996

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