LUCARNE

A travers cette lucarne ovale, vous percevrez un peu de moi. Balade au hasard du chemin, déambulation vers les choses que j'aime. Je ne sais pas où je vais... Je me laisse simplement porter au gré du vent.

28 juillet 2005

BALADE

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La seule signature au bas de la vie blanche,

c'est la poésie qui la dessine.

Et toujours entre notre coeur éclaté

et la cascade apparue.

René Char- La parole en archipel- 1952-1960.

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      Pierre                                    

J'adore cette pierre paisible

J'ai vue mon visage dans ses veinures                          

J'y ai vue ma poésie perdue

                           Adonis 

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"" Debout au petit matin ce jour-là,

j'étais jeune alors, dans un état, et

dehors, ma mère pendue à la fenêtre

en chemise de nuit pleurant et-gesticulant.

Beau matin frai, clair trop tôt comme

si souvent, mais alors dans un état,

très violent. Le ciel allait bientôt

foncer et la pluie tomber et tomber

toujours, toute la journée, jusqu'au soir

Puis de nouveau bleu et soleil une

seconde, puis nuit. Sentant tout ça,

combien violent et la journée que ça

allait être, je fis halte et demi-tour.""

Samuel Beckett (tetes-mortes) 

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Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade

Des petites fleurs d'or du mur qui se dégrade,

Et l'interlocuteur des arbres et du vent.

              Victor Hugo

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                            Apparition

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête

Son vol éblouissant apaisait la tempête,

Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit;

-Qu'est-ce-que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?

Lui dis-je. Il répondit :- Je viens prendre ton âme.

Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme :

Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :

-Que me restera-t'-il ? car tu t'envoleras.

Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre assiège

S'éteignait...-Si tu prends mon âme, m'écriai-je,

Où l'emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.

Il se taisait toujours.-Ô passant du ciel bleu,

Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ?

Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,

Et l'ange devint noir, et dit :- je suis l'amour.

Mais son front sombre était plus charmant que le jour,

Et je voyais, dans l'ombre où brillaient ses prunelles,

Les astres à travers les plumes de ses ailes.

Victor Hugo Jersey,1855

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                                     Modigliani

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"" Quanq je serai lasse, je me coucherai sur la terre 

et j'écouterai les pas de l'homme que j'aime.""

Laure- les écrits de Laure-

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Jeune cheval à la crinière vaporeuse

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Que tu es beau, printemps, cheval,

Criblant le ciel de ta crinière,

Couvrant d'écume les roseaux !

Tout l'amour tient dans ton poitrail :

De la Dame blanche d'Afrique

A La madeleine au miroir,

L'idole qui combat, la grâce qui médite.

René Char - La parole en archipel.

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Maillon de la cadène

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avec des bouts de ficelles

avec des bouts de bois

avec de tout tous les morceaux bas

avec les coups bas

avec des feuilles mortes ramassées à la pelle

avec des restants de draps

avec des lassos lacérés

avec des mailles forcées de cadène

avec des ossements de murènes

avec des fouets arrachés

avec des conques marines

avec des drapeaux et des tombes dépareillées

                          par rhombes

                            et trombes

te bâtir

Aimé Césaire - moi, laminaire...

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Ousmane Sow http://www.ousmanesow.com/

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Orestie

rosée du ciel

cornemuse de la vie

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nuit d'araignées

d'innombrables hantises

inexorable jeu des larmes

ô soleil en mon sein longue épée de la mort

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repose-toi le long de mes os

repose-toi tu es l'éclair

repose-toi vipère

repose-toi mon coeur

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les fleuves de l'amour se rosissent de sang

les vents ont décoiffés mes cheveux d'assassin

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Chance ô blême divinité

rire de l'éclair

soleil invisible

tonnant dans le coeur

chance nue

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Chance aux longs bas blancs

chance en chemise de dentelles.

Georges Bataille

bataille

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MONA LARA :

Et le prince, ton époux, n'a jamais dormi avec toi ?

Silence.

La princesse a les yeux sur la mer.

LA PRINCESSE :

Il a dormi avec moi.

Elle se lève. Mona Lara recule, intimidée.

Lorsque, le soir, la musique l'avait apaisé

suffisamment pour qu'il n'éxige rien,

je lui offrais mon lit. Ses yeux m'en

remerciaient longuement.

Ses lèvres dures restaient

serrées sur le silence.

Et c'est ainsi qu'il s'endormait. Et moi,

je n'avais aucune crainte.

La nuit, parfois, je me redressais

pour le contempler:

ce plis sévère entre les deux sourcils,

et je voyais: son rêve allait vers d'autres femmes

( vers cette blonde Loredan, peut-être,

qui l'aimait tant ) ;

- ce n'était pas de moi qu'il rêvait.

Alors, j'étais libre. Je regardais pendant des heures

au delà de lui par les hautes fenêtres :

la mer, comme un ciel, vaste et sans vagues,

et quelque chose de clair qui descendait lentement vers elle-

ce que personne ne voit, personne ne dit:

le coucher de la lune.

Puis, une barque de pêcheurs s'avançait

dans l'espace,

silencieuse comme la lune.

Elles me semblaient avoir les deux une route

pareille-

celle-ci rendait le ciel plus proche en l'inclinant,

et l'autre donnait au large encore plus

de grandeur.

Moi, je veillais, j'étais libre, sans surveillance,

initiée à cette solitude.

Il me semblait que ces mouvements du rêve

dans l'espace naissaient de moi.

Je m'étirais, et de mes membres, alors,

s'élevait un parfum porté jusqu'au delà des murs.

Ainsi je me donnais en rêve à mon amant

de la même manière que les fleurs se donnent

à l'espace

et l'espace est chargé de chacun de leur souffle.

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Dans ces heures- là, oui, il était avec moi.

Silence.

Il y eut d'autres heures

où je l'avais perdu.

Quand j'étais éveillée, dedans, et lui

devant la porte,

peut-être prêt à forcer le passage-

alors, j'étais une tombe: c'était une

roche sous mon dos,

et moi, j'étais dure comme un gisant de pierre.

Si mes traits avaient une expression quelconque,

elle venait seulement des ombres

et du reflet des lampes sur la trace inerte

d'un ciseau.

Je n'étais plus ainsi, sur ce sarcophage, ma couche,

que l'image d'une femme qui avait été,

et les secondes s'écoulaient: longues comme

des années.

Sous moi, dans la même position, gisait

parmis sa chevelure mon cadavre fané.

silence.

Monna Lara s'approche de la princesse et l'étreint

doucement.

LA PRINCESSE:

Tu vois: c'est ainsi qu'il y a

la mort dans la vie. Elles sont nouées

l'une à l'autre

comme les laines d'un tapis,

et elles forment un dessin pour ceux qui passent.

Il n'y a pas  mort seulement quand quelqu'un

meurt.

La mort, c'est vivre sans savoir qu'on est vivant.

La mort, c'est ne pas pouvoir mourir du tout.

Beaucoup de choses sont la mort; et celles-là

ne se laissent pas enterrer.

Chaque jour, il y a naissance et mort en nous;

et nous n'y prenons pas garde, comme la nature,

qui dure plus loin que l'une et que l'autre,

sans compassion et sans tristesse.

La joie et la douleur ne sont que des colorations

pour celui qui nous voit de l'extérieur.

C'est pourquoi il est d'une si grande importance

pour nous de trouver celui qui vraiment regarde;

celui

qui voit, qui nous cerne par son regard,

disant tout simplement: je vois ceci, cela-

quand d'autres seulement devinent, ou disent

des mensonges.

extrait de LA PRINCESSE BLANCHE de RAINER MARIA RILKE

rilke_photo

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/rilkerainermaria.html

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EPROUVANTE SIMPLICITE

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Mon lit est un torrent aux plages desséchées. Nulle

fougère n'y cherche sa patrie. Où t'es-tu glissé tendre

amour ?

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  Je suis parti pour longtemps. Je reviens pour partir.

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  Plus loin, l'une des trois pierre du berceau de la

source tarie disait ce seul mot gravé pour le passant :

" Amie ".

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  J'inventai un sommeil et je bus sa verdeur sous

l'empire de l'été.

René Char

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Commentaires

  • Bravo

    je suis très touchée par ce que tu écris. Alors un petit mot pour t'encourager à continuer !
    Charlotte Monégier
    www.poementiel.com

    Posté par CharlotteMonégie, 19 août 2005 à 14:02

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